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Le passage de la vie active à la retraite peut réduire les performances cognitives
26.03.2019 | 16:38
Selon une étude, les capacités peuvent diminuer de 10% déjà un an après la fin de la carrière professionnelle. L’avis d’un médecin

L’activité professionnelle, entre autres, est bénéfique pour entretenir les capacités cognitives d’une personne. Par conséquent, le passage à la retraite entraîne un risque de déclin de ces fonctions, démontre une étude parue il y a quelques années dans la revue «Clinical Interventions in Aging», spécialisée dans le domaine de la gérontologie. Les chercheurs ont voulu connaître la relation entre les performances cognitives et les activités au sens large (activité professionnelle, loisirs, activités physiques, etc.) Les scientifiques ont sélectionné une population de 25 000 personnes âgées de plus de 50 ans, vivant dans une dizaine de pays européens, à qui ils ont fait passer des tests d’orientation, de mémorisation de vocabulaire et de calcul. La vitesse d’exécution des tests était aussi prise en compte.

Les tests ont aussi tenu compte de l’âge et du degré d’éducation des personnes pour pouvoir identifier au mieux la variable de l’activité professionnelle. Les chercheurs ont ainsi établi des optimums de performance pour chaque catégorie. Les personnes à la retraite mais qui poursuivaient une activité professionnelle étaient considérées comme actives.

Leur conclusion? Les capacités cognitives de deux personnes de même âge et de même niveau d’éducation divergent si l’une des deux continue à avoir une activité professionnelle et l’autre pas. Le passage à la retraite entraîne rapidement une perte de 10% des capacités cognitives. Les effets préjudiciables se font déjà sentir une année après la fin de l’activité professionnelle. Les chercheurs ont encore souligné la concordance entre le déclin des performances cognitives et la proportion des personnes entre 60 et 65 ans sans activité professionnelle. Les scores étaient meilleurs dans les pays où l’âge légal de la retraite est plus élevé. Le saut de la carrière professionnelle vers la retraite semble aussi plus brutal pour les hommes que pour les femmes. C’est sans doute dû au fait que les hommes sont plus centrés sur leurs activités professionnelles. Les femmes accordent, de gré ou de force, en général davantage de place aux tâches liées à la famille. Le point de vue sur la question avec Jean-Pierre Gervasoni, médecin et ancien chef de clinique au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV), à Lausanne, qui donne régulièrement des cours de préparation à la retraite organisés par AvantAge et aborde ce genre de questions de santé.

Pour quelles raisons les activités professionnelles sont-elles importantes pour conserver les capacités cognitives?
Le maintien des capacités cognitives est directement lié au nombre de stimulis reçus par le cerveau. Dans ce sens, une activité professionnelle va de fait renforcer leur nombre quotidiennement. Lors de l’arrêt du travail, qu’il soit lié au passage à la retraite ou à un arrêt dû à une maladie, par exemple, il est essentiel de remplacer ces stimulis professionnels par d’autres éléments stimulants pour le cerveau.

Toutes les activités professionnelles sont-elles aussi bénéfiques?
Il est évident que plus l’activité professionnelle requiert une mobilisation des capacités cognitives plus celle-ci sera bénéfique pour le cerveau. Une variété de stimulis va d’autant plus renforcer les fonctions cognitives. Sans oublier que l’activité physique va également contribuer à maintenir, voire renforcer les capacités cognitives, notamment par une meilleure vascularisation cérébrale.

Est-ce l’activité professionnelle en elle-même ou les centaines de stimulations (courriels, coups de fil, agenda, etc.) par jour qui sont bénéfiques?
Tous les stimulis sont bénéfiques pour le maintien des capacités cognitives. Toutefois, une surcharge de stimulations ne va pas forcément contribuer à un effet bénéfique. Le risque de plus en plus courant d’épuisement ou de burn-out ne sera aucunement bénéfique pour les capacités cognitives. Un état dépressif ou des troubles du sommeil agissent négativement sur les capacités mnésiques, c’est-à-dire les capacités de mémorisation).

Que peut-on faire, une fois à la retraite, pour éviter ce déclin?
Peut-on le retarder ou carrément l’empêcher? Quand on arrête sa carrière professionnelle, il est essentiel d’entretenir sa mémoire en stimulant au maximum son cerveau. La règle de base est la lecture de livres. En effet, la lecture de bons romans renforce les associations que notre processus de mémorisation utilise pour cela. L’apprentissage d’une langue est aussi un très beau défi à relever lors du passage à la retraite. Toutes les formes d’interactions sociales, y compris les débats entre amis, sont bénéfiques. Les mots croisés, le scrabble, les échecs sont aussi très stimulants pour la mémoire et le maintien de celle-ci. Le cerveau ne se fatigue pas… il ne faut donc pas hésiter à le faire travailler régulièrement, en sachant qu’il est normal d’oublier des choses. Notre cerveau fait le tri et range les choses, notamment durant la nuit, et nous n’avons aucun contrôle sur cela. Des petits exercices de mémorisation simple comme faire ses commissions sans regarder la liste des produits qu’il faut acheter, essayer de se souvenir des noms des acteurs du dernier film que l’on a vu, etc. sont autant de petits défis à se lancer au quotidien. Il faut toutefois se rappeler que, pour mémoriser quelque chose, cela nécessite d’être concentré sur le processus de mémorisation. De même, il faudra répéter régulièrement ce que l’on désire mémoriser pour que cela puisse s’ancrer à long terme dans notre mémoire.

Toutes les activités typiques de bon nombre de retraités (bénévolat, garde des petitsenfants, voyages, etc.) sontelles capables de freiner ou d’empêcher ce déclin?
Oui, c’est surtout la variété des stimulis qui est importante. Je rappelle aussi que la pratique d’une activité physique est essentielle au maintien des fonctions cérébrales, comme le fait de manger de manière équilibrée. La recherche de facteurs de risque de maladies cardiovasculaires comme l’hypertension est aussi très importante. Un sommeil de qualité est aussi un facteur protecteur bien connu.

Laurent Buschini